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Le parlement égyptien va se réunir malgré l’armée

 

LE CAIRE (Reuters) - Le bras de fer entre l'armée et les Frères musulmans a connu lundi un nouvel épisode en Egypte, le président de l'Assemblée du peuple annonçant une reprise des travaux de la chambre basse du parlement malgré sa dissolution par les généraux.

Cité par l'agence de presse Mena, Saad al Katatni a annoncé que les députés, majoritairement islamistes, étaient convoqués mardi à 10 heures GMT, deux jours après la décision du chef de l'Etat Mohamed Morsi, issu des Frères musulmans, d'annuler la dissolution de la chambre basse prononcée en juin par l'armée.

Les militaires du Conseil suprême des forces armées (CSFA), qui ont dirigé la transition depuis la chute d'Hosni Moubarak en février 2011, avaient ordonné la dissolution de l'Assemblée du peuple après une décision en ce sens de la Haute Cour constitutionnelle d'Egypte.

Le tribunal constitutionnel, réuni en urgence, a souligné lundi que ses décisions s'imposaient à toutes les institutions de l'Etat.

La Cour a précisé qu'elle n'était pas habilitée à revenir sur le décret présidentiel, mais qu'elle examinerait mardi les recours contestant la constitutionnalité de la décision de Mohamed Morsi.

Le président égyptien a ordonné dimanche par décret au parlement de se réunir à nouveau jusqu'à ce qu'une nouvelle assemblée soit élue.

De nouvelles élections législatives auront lieu dans un délai de soixante jours suivant la promulgation de la nouvelle constitution, a-t-il ajouté.

Les généraux se sont réunis dimanche mais n'ont pas publié de communiqué.

MORSI ET TANTAOUI CÔTE À CÔTE

L'annulation de la dissolution de la chambre basse risque de plonger l'Egypte dans une nouvelle période d'incertitude politique et d'anéantir tout espoir d'accalmie après dix sept mois de turbulences politiques.

Mais les relations entre le pouvoir civil et l'armée ne semblaient pas pour autant rompues lundi, comme en témoigne l'apparition télévisée conjointe du président et du chef du conseil militaire, le maréchal Hussein Tantaoui, lors d'un défilé militaire. Les deux hommes sont apparus l'air détendu, discutant assis l'un à côté de l'autre.

Mohamed Morsi a prêté serment le 30 juin, devenant ainsi, depuis 1952, le premier chef de l'Etat en Egypte, pays le plus peuplé du monde arabe, à ne pas sortir des rangs de la puissante armée. En l'absence de parlement, il n'a toutefois pas la capacité de faire adopter des lois.

Plusieurs observateurs se sont montrés surpris par l'annonce du président, et ne s'attendaient pas à une confrontation aussi rapide de la part des Frères, qui avaient tenté de rapprocher leurs positions avec l'armée dans les jours ayant précédé l'investiture du nouveau président.

"Le président annule la décision du maréchal", écrit le quotidien al Masry Al Youm dans son édition de lundi, tandis que le quotidien économique al Mal titre en une "Retournez dans vos casernes". Le quotidien al Akhbar voit quant à lui dans le décret présidentiel une "confrontation précoce".

Certains analystes jugent néanmoins que la décision de Morsi constitue un compromis dans la mesure où elle reconnaît, à l'instar de la Haute Cour constitutionnelle, que l'élection du parlement a enfreint certaines règles juridiques.

CRISE ÉCONOMIQUE

Les généraux ne semblent par ailleurs pas prêts à défier ouvertement le président. D'après l'agence Mena, ils auraient autorisé des gardiens à faire revenir des députés dans l'enceinte du parlement, dont l'accès était interdit depuis sa dissolution.

Mais si l'armée ne cherche pas une querelle ouverte, Morsi pourrait se placer lui-même dans une situation de confrontation avec les libéraux.

"Le décret renverse l'Etat de droit. Je vous conseille, Monsieur le président, de le retirer parce que vous avez juré de respecter la loi et la constitution", a déclaré sur Twitter le militant égyptien des droits de l'homme Hafez Abou Saeda.

A court terme, la réhabilitation du parlement pourrait compliquer la politique économique du gouvernement. La Bourse a réagi au nouveau revirement politique annoncé dimanche en ouvrant en baisse de cinq pour cent lundi.

Depuis le début de son "printemps arabe", l'Egypte assiste à une fuite des investisseurs étrangers tandis que le tourisme est en crise.

Les réserves en devises étrangères stagnent à quinze milliards cinq cent millions de dollars, soit moins de la moitié du niveau enregistré avant le renversement d'Hosni Moubarak. Le gouvernement a par ailleurs été contraint d'emprunter à des taux d'intérêt à deux chiffres, insupportables à long terme, pour financer ses dépenses.

Morsi a effectué dimanche l'un de ses premiers entretiens officiels en rencontrant le secrétaire d'Etat adjoint américain William Burns, signe que les Etats-Unis sont prêts à nouer des relations avec les islamistes depuis leur retour en force dans la région.

Burns a promis que les Etats-Unis, qui accordent déjà une aide d'un milliard trois cent millions de dollars par an à l'armée égyptienne, soutiendraient l'économie du pays.