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Salah Hamouri paie sa tournée

 

Camille Polloni, vendredi 13 avril 2012

 

Libéré au mois de décembre 2011 après sept ans de prison en Israël, le franco palestinien Salah Hamouri a entrepris un tour de France de ses soutiens.

Arrivé le mercredi 4 avril, quelques jours plus tard, il passait par Gen­ne­vil­liers (Hauts-​​de-​​Seine).

Ils le fêtent comme un revenant, un rescapé, un frère pro­digue. Dans la salle du conseil muni­cipal de Gen­ne­vil­liers, plus de deux cents per­sonnes accueillent Salah Hamouri par une standing ovation brodée de quelques youyous.

 

L’imposante façade de la mairie expose son por­trait sur une ban­derole : on croirait assister au retour d’un otage. “Que Dieu te garde !”, lui lance un membre du public depuis sa chaise en plastique.

 

Le franco palestinien de vingt six ans a passé sept ans dans les prisons israéliennes. Pour ses soutiens, Salah Hamouri était un prisonnier politique, jugé par un tribunal militaire illé­gitime, qui a extorqué ses aveux au bout de trois ans de détention admi­nis­trative en échange d’une réduction de peine. Ses détrac­teurs s’étranglent de le voir ainsi adulé. Salah Hamouri reste à leurs yeux un ter­ro­riste du FPLP (Front popu­laire de libé­ration de la Palestine) qui pro­jetait d’assassiner le Grand Rabbin d’Israël, comme il l’a confessé en plaidant coupable.

 

La “tournée fran­çaise” de Salah Hamouri a agacé au plus haut point le pré­sident du CRIF (Conseil Repré­sen­tatif des Ins­ti­tu­tions juives de France), Richard Pras­quier.

 

Dans une tribune, il s'est ému du parallèle souvent dressé entre Salah Hamouri et Gilad Shalit, soldat franco israélien retenu pendant cinq ans par des groupes palestiniens de lutte armée. Il ne tolère pas la com­pa­raison entre les deux hommes, libérés à deux mois d’intervalle et presque du même âge. “De nom­breux noms célèbres se sont retrouvés dans le Comité de soutien à Salah Hamouri. La charité m’empêche de les citer. Ils se sont crus huma­nistes en signant. Ils ont surtout montré ainsi, pour ceux d’entre eux qui ne sont pas sys­té­ma­ti­quement mobi­lisés par la haine contre Israël, une immense ingé­nuité, une éton­nante négli­gence et une pro­pension à la confusion morale.”

 

Rencontre avec Bertrand Delanoë, visite à Saint Denis et Tremblay, Stains, Bourg en Bresse, Valenton et cette fois ci Gennevilliers : Salah Hamouri n'est en France que depuis une semaine mais il tient un rythme de can­didat à la pré­si­den­tielle. Dans plu­sieurs villes tenues par des élus com­mu­nistes, il a été déclaré citoyen d’honneur, et a déjà gagné son invi­tation à la pro­chaine Fête de l’Humanité.

 

Son crâne chauve et son visage taillé à la serpe le font res­sembler à un étrange rejeton de Marco Pantani et Anthony Hopkins. De mère fran­çaise mais vivant à Jéru­salem, il prend la parole dans un français timide :

 

“Je vous remercie de votre accueil. Dans la prison, on a bien senti votre soutien, vous étiez tou­jours avec nous malgré la dis­tance et la souf­france. Merci au nom des quatre mille six cent pri­son­niers poli­tiques, mes frères, mes camarades.”

 

Au micro se relaient le maire de Gen­ne­vil­liers, l’ambassadeur de la Palestine auprès de l’Unesco, le pré­sident de son comité de soutien, un fon­dateur de l’Union juive pour la paix.

 

Tout à tour ils dénoncent “l’impunité dont béné­ficie l’Etat d’Israël”, appellent au respect des fron­tières de 1967 et saluent la “dignité” du jeune homme “qui n’a pas un mot de haine après tout ce temps”.

 

Au milieu de la grand-messe de Gen­ne­vil­liers, Salah Hamouri se fait tout petit. Il n’a plus l’habitude de la lumière. Dans quinze jours, ses plus fer­vents défen­seurs orga­nisent un concert au Cabaret Sauvage pour son vingt-septième anniversaire.