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Bilan du Conseil Politique National (CPN) du NPA du Samedi 24 et du Dimanche 25 Mars 2012

Par les élus de la TC au CPN du NPA

Dimanche Premier Avril 2012

Une dépolitisation aggravée, qui ne s’explique pas seulement par la nécessité de contrer la Gauche Anticapitaliste (GA)

« Depuis quatre mille ans il tombait dans l'abîme. » C’est certainement ce que répéterait Victor Hugo au sujet du NPA s’il assistait aux CPN. Pourtant, l’obtention des signatures aurait dû permettre un regain d’espoir et une concentration sur les questions de fond. Comme direction du parti, le CPN aurait dû discuter avant tout des axes de campagne, des interventions de Philippe, de la façon de mettre en avant un programme cohérent partant des revendications et axé sur la nécessité d’en finir avec le capitalisme et ses institutions, donc sur l’objectif de l’expropriation des grands groupes capitalistes et du gouvernement des travailleurs. Car il faut dire la vérité à la classe ouvrière, aux jeunes, aux femmes face aux mesures terribles qui s’annoncent au lendemain des élections, quel que soit le gouvernement. Et c’est aussi la seule façon d’affronter la montée du Front de gauche, de combattre les illusions réformistes et chauvines, de lui disputer l’hégémonie politique parmi celles et ceux qui luttent.

Or la discussion politique a été réduite à trois heures, avec un affrontement stérile entre la majorité P1A/P2 (le centre et la gauche de la direction) et la GA (droite du NPA), l’une appelant à se mobiliser pour la campagne (comme si cela pouvait tenir lieu de ligne), l’autre chantant les louanges du FdG. La résolution politique est en net recul par rapport aux précédentes, qui étaient déjà très insuffisantes et confuses : il n’y a presque rien sur le programme et, pour la première fois depuis la Conférence Nationale de juin, l’objectif du gouvernement des travailleurs n’y figure même pas (rejet massif de notre amendement). Il est vrai que les résolutions politiques précédentes n’ont guère été appliquées dans la campagne, notamment sur cette question centrale, au mépris de la démocratie. Mais cette dépolitisation accrue du CPN est inacceptable et nous regrettons en particulier que la P2 ait renoncé à tout combat de fond, allant jusqu’à retirer ses propres amendements !

Alors que la campagne du Front de gauche connaît une dynamique indéniable, il serait pourtant urgent de corriger le tir de notre campagne : pense-t-on convaincre les travailleurs de voter Poutou en répétant sur toutes les radios et télévisions que nous sommes très contents du score de Mélenchon et que celui-ci « popularise des solutions qu'on était pratiquement les seuls à défendre » (réunion publique du jeudi 29 mars à Paris) ? Non, les « solutions » de Mélenchon ne sont pas les nôtres : ce sont les « solutions » de Mitterrand en 1981 et elles ne sont que des promesses fumeuses qui ne pourraient que finir en austérité accrue faute de s'attaquer aux rapports de production capitaliste. Voilà ce que nous devrions expliquer de façon offensive dans les médias, pour convaincre que notre projet politique est le seul capable de sortir de la crise par le haut pour les travailleurs.

Nous espérions au moins une discussion sur le second tour de la présidentielle. Ce CPN était le dernier avant l’élection, c’était une exigence démocratique. D’autant que Philippe comme Olivier ne cessent de dire qu’ils s’agit de battre Sarkozy. Or le CPN a rejeté à une écrasante majorité notre demande que ce soit un point spécifique à l’ordre du jour ! Pourtant, les orientations sont différentes au sein même des tendances : la GA, la majorité de la P1A et une minorité de la P2 sont pour appeler à voter Hollande sans ambiguïtés, alors que la majorité de la P2 et une minorité de la P1A semblent chercher une formulation plus ou moins alambiquée évitant de se prononcer de cette façon. Il était donc crucial de clarifier les enjeux, d’envisager les divers scénarios possibles et de trancher. L’argument de la P2 selon lequel il ne fallait pas polluer la campagne avec la question du second tour ne tient pas : d’une part, les travailleurs nous le demandent et les journalistes interrogent Philippe, qui répond bel et bien ! D’autre part, le fait de décider maintenant de notre ligne pour le second tour n’impliquait nullement d’en faire un axe de la campagne (nous aurions même pu décider de refuser ouvertement de répondre à cette question avant le premier tour). En fait, la P2 a préféré un consensus avec la P1A : la résolution n’appelle pas clairement à voter pour Hollande, mais répète qu’il faut « chasser Sarkozy sans faire confiance à Hollande » et que « nous sommes résolument aux côtés de ceux qui veulent chasser Sarkozy »... Nous avions pour notre part envoyé un projet de motion contre tout appel à voter Hollande et soumis des amendements en ce sens au projet de résolution (votés par la seule P4).

L’essentiel du CPN a été consacré aux questions du contentieux financier avec la GA, au prix de nombreuses interruptions et d’interminables réunions de tendances. Il était pourtant possible d’en discuter en amont et de réduire le débat à quelques interventions, puisque les positions étaient tranchées, sans chance de se convaincre. C’est ce qu’a montré la décision de la GA de quitter le CPN bien avant sa fin, prouvant sa mauvaise foi alors qu’une vraie solution de compromis lui était proposée. Nous avons évidemment fait bloc avec la majorité contre la GA dont les responsables ont osé crier au scandale suite au recours du référé... alors que c’était la seule solution pour les empêcher de prendre l’argent du NPA au moment même où ils appellent à voter Mélenchon.

Enfin, sur la question d’une conférence nationale début juillet proposée à la fois par la GA et la P1A, nous avons fait bloc avec la P2 pour nous y opposer. En effet, il n’est pas sérieux de prétendre organiser une vraie CN, avec de vrais débats et des textes soumis au vote, en deux semaines après les élections, qui se terminent le 17 juin. Cela ne pourrait donner lieu qu’à des discussions superficielles et avortées, au profit de nouveaux affrontements délétères entre les responsables des tendances. En revanche, il était juste de retenir la proposition de réunir des délégués des comités pour faire le bilan de la campagne à partir des expériences réelles et intégrer les camarades que nous pouvons gagner d’ici là. Nous avons donc soutenu la proposition d’une telle rencontre nationale, suivie d’un CPN qui, comme direction entre deux congrès, est chargé de définir les orientations du parti. Malgré l’apparence, la demande d’une CN n’exprimait nullement une volonté démocratique, mais de purs calculs d’appareil. D’une part, la direction GA a décidé de partir du NPA, tout le monde le sait : elle ne voulait une CN que pour faire entraîner les camarades de sa propre base qui restent fidèles au NPA. D’autre part, la P1A, comme ses responsables l’ont parfois avoué, craint d’être minoritaire face à la P2 après le départ de la GA : elle veut une CN uniquement pour tenter de se reconstituer à la va-vite une base politique, en intégrant les membres de la GA qui décideraient de rester et en espérant être ainsi en meilleure situation pour préparer le congrès. La fureur de la P1A mise en minorité suite au départ de la GA montre combien elle est terrorisée à l’idée de perdre le pouvoir. Quant à l’offensive qu’elle lance dans le parti pour imposer une CN malgré le vote du CPN, elle ne peut que nuire à la nécessaire mobilisation des camarades pour la campagne et en dit long sur sa conception de la démocratie, qui semble s’arrêter au moment exact... où elle est battue dans les votes ! La P1A n’a d’ailleurs aucune leçon à donner : non seulement elle a toujours piétiné les droits de la TC et de la P4, mais, dès le lendemain du CPN, elle a osé violer au CE la résolution qui prévoyait la destitution du trésorier coupable d’avoir tenté de détourner l’argent du NPA au profit de la GA !

Tout cela n’est pas glorieux et exacerbe la crise du parti, mais celle-ci est le résultat inévitable de la confusion généralisée qui a présidé à sa fondation et à la politique menée depuis. Il faut tout faire pour que la campagne soit la moins mauvaise possible en nous appuyant sur ses points forts pour nous adresser résolument à nos milieux. Mais, il faut aussi tirer les leçons de la crise : en ce sens, l’enjeu du congrès de fin d’année ne saurait être que la refondation du NPA sur des bases révolutionnaires.

Ludivine, Ludovic, Marie, élu-e-s P4/Tendance CLAIRE