MOUVEMENT SOCIAL CHERCHE PARTI
Par Bernard le mercredi, novembre 24 2010, 20:00 - Lien permanent
http://www.socialisme-2010.fr/socialisme-maintenant/retraites.htm#marchetti22nov
http://www.fischer02003.over-blog.com/article-mouvement-social-cherche-parti-61662905.html
Pour poursuivre la réflexion, par Jean-Louis Marchetti *
«Aujourd’hui nous ne savons pas ce que nous devons faire, mais nous devons agir
tout de suite, car notre inertie aurait des conséquences désastreuses.» Slavoj
Zizek
Que la gauche social-démocrate soit déstabilisée par le mouvement social il n’y
a rien de surprenant à cela. Elle partage depuis longtemps la même vision du
monde que la droite libérale et peu ou prou les mêmes recettes politiques. Son
engagement dans la construction de l’UE en fait foi. C’est donc du côté de
l’extrême gauche ou de la gauche radicale, quelle que soit la façon dont on
l’appelle, qu’il faut se tourner pour tenter de trouver un prolongement
politique au refus du système qui s’exprime de plus en plus massivement dans
les rues du vieux continent.
Le conservatisme d’extrême gauche
Pourtant, chez ceux qui font profession de contester radicalement le
capitalisme, on peine à voir émerger une stratégie politique qui soit à la
mesure de la crise du système et des possibilités qu’elle offre pour l’action.
Longtemps marginalisés au sein du mouvement ouvrier, mieux préparés à critiquer
qu’à assumer des responsabilités, ces cercles militants dévorés par l’activisme
ont trop longtemps laissé l’économie aux mains des spécialistes; celle-ci
devenant au fil du temps de mois en moins politique.
De là est né un véritable conservatisme politique et organisationnel, qui
empêche d’analyser la crise du capitalisme dans toute son ampleur et
d’apparaître comme une alternative.
Ce conservatisme dans la pensée radicale s’ancre sur deux postulats
La foi en la pérennité du capitalisme
Bien évidemment, ce n’est pas ainsi qu’on le formule parmi ceux qui se
réclament du marxisme, mais sous sa version volontariste: «Le capitalisme ne
s’écroulera pas tout seul !» sous-entendu il faudra y mettre la main.
Avec le temps cette affirmation est devenue une tranquille certitude que le
système peut toujours rebondir et comme le phénix renaître de ses cendres. A
l’opposé des leçons de Marx, l’histoire aurait accouché d’une formation sociale
qui se survivrait à travers l’histoire.
Certes le capitalisme a survécu - à quel prix ! - à la crise de 29, mais la
crise actuelle est beaucoup plus profonde. Généralisée dès le départ, elle met
en cause les postulats fondamentaux du système.
Or le système crève d’abord de ses propres contradictions et pas de l’hostilité
de ses ennemis. Là aussi une grande leçon de Marx un peu négligée.
Les contradictions du système prennent naissance dans son fonctionnement
économique, cette structure qui a fait son extraordinaire succès.
Partie de cette base économique, la crise actuelle atteint toutes les
dimensions de la société, fragilise l’ensemble des rapports sociaux et d‘abord
les rapports noués dans le cadre de l’organisation du travail et donc les
rapports avec la nature qui prend sa revanche d’une longue histoire de pillages
irresponsables.
La crise actuelle n’est pas une crise cyclique, mais une crise de
dégénérescence du mode de production. Nous en sommes précisément au moment où
le développement des forces productives fait éclater les rapports de production
non pas dans un ou plusieurs pays avancés, mais pour la première fois dans
l’histoire à l’échelle du capitalisme mondialisé.
Cette crise globale provoque des révoltes dans toutes les instances de la
société: usines, bureaux, écoles, hôpitaux, tribunaux… Ces révoltes portent en
germe une rupture radicale avec le système et donc la possibilité pratique
d’une autre société.
C’est seulement en articulant les multiples crises qu’engendre la décomposition
du capitalisme avec les révoltes qu’elles provoquent que l’on peut penser la
rupture et la transition vers un autre type de société.
Mais pour cela il faut commencer par prendre la crise actuelle au sérieux.
Une vision syndicaliste de la lutte des classes
Il faut aussi prendre au sérieux les mouvements sociaux et leur dynamique.
Malheureusement c’est souvent une vision syndicaliste qui domine dans la gauche
radicale avec la grève générale comme horizon indépassable et qui s’éloigne
sans cesse.
Et surtout ce constat faussement réaliste: «L’accumulation des défaites»
Un constat qui bouche la perspective, aboutit à intérioriser une dégradation
durable du rapport de force et interdit de penser la contre-offensive. La
classe ouvrière pourrait au mieux espérer limiter les dégâts en attendant des
lendemains encore imprévisibles.
Une vision qui bizarrement entre en phase avec celle des réformistes honnis.
Dans ces conditions que peut faire la gauche radicale ? Témoigner, sauver son
âme en conservant intact le drapeau pour les jours meilleurs. L’ennui c’est que
les drapeaux, conservés dans ces conditions, sont bouffés par les mites !
La somme algébrique des gains et des pertes n’a de sens que dans une période de
stabilité. Elle n’en a plus lorsque toute une société fout le camp.
Ce qui importe maintenant, c’est de mesurer la déstabilisation de la formation
sociale, la multiplication des groupes sociaux qui entrent en résistance et la
dynamique de leur lutte.
L’articulation des crises et des expériences de lutte
La Commune de Paris, la Révolution russe, les révolutions coloniales, la
plupart des révolutions depuis deux siècles prennent leur élan du fond d’une
accumulation de défaites catastrophiques. Elles marquent alors un retournement
dialectique, pas le sommet d’une longue accumulation de victoires comme le
croyaient les sociaux-démocrates allemands du début du vingtieme siècle.
Certes les bourgeoisies européennes accumulent les mauvais coups contre leur
propre classe ouvrière, mais ce faisant elles réduisent considérablement leur
base sociale et ce qui est peut-être encore plus grave pour elles, elles
détruisent leurs propres bases d’accumulation capitaliste dans une situation de
concurrence internationale exacerbée où elles ont perdu l’initiative.
Dans chacune de ces batailles, les travailleurs et travailleuses accumulent des
expériences de lutte et s’éloignent d’un système qui manifestement ne leur
réserve aucun avenir enviable.
C’est de l’articulation entre la crise et l’accumulation d’expériences, y
compris de défaites partielles, que naîtra la volonté collective d’en découdre
jusqu’au bout.
A quelle aune juger la mobilisation sur les retraites ?
Certes la loi est passée et va commencer à s’appliquer. Mais qui peut croire
que la bourgeoisie a ainsi réglé la question des retraites jusqu’en 2040 ?
Les dirigeants des banques centrales sont incapables de réguler le système
monétaire international à trois mois. L’approvisionnement en céréales de
l’humanité n’est pas assuré au-delà de trois mois. Le peak oil est sans doute
déjà atteint et tous les scientifiques sérieux de la planète nous annoncent que
nous sommes engagés dans un bouleversement climatique catastrophique.
La vérité c’est que le capitalisme met en danger l’avenir des retraités et de
tous les autres à très court terme. Et ce n’est pas un problème de financement.
Ce sont les vraies richesses qui manqueront de plus en plus, comme elles
manquent déjà cruellement pour des millions d’habitants du globe: alimentation,
eau potable, vêtements, logements, santé, éducation…
Il faut avoir le courage de le dire. On ne peut pas sauver les retraites dans
le cadre du système capitaliste, pas plus qu’on ne peut sauver le droit à la
santé, l’éducation, le logement, le droit à l’eau potable et à une alimentation
saine. Le droit à se chauffer en hiver et à se vêtir correctement.
La situation que connaît la partie la plus pauvre des populations d’Europe,
cette situation est entrain de s’étendre très vite à l’ensemble des
travailleurs et à ce qu’on appelle les classes moyennes et qui commencent à en prendre
conscience.
Au point de dégradation atteint par le système, la mise en place de la loi sur
les retraites n’y change rien.
Par contre, ce qui donne toute sa signification à la séquence que nous venons
de vivre, c’est qu’au moment le plus fort de la mobilisation il est devenu
soudain clair pour les manifestants et les grévistes, pour le pouvoir et pour
les observateurs étrangers, que ce qui était en jeu, c’était un choix de
société.
Comme pour le CPE (Contrat première embauche), comme pour la constitution
européenne. L’entrée de la jeunesse dans la danse ne trompe pas. Les lycéens
l’ont compris et leurs parents aussi. Au-delà des retraites, c’est
l’organisation du travail, des études, la justice et la démocratie qui sont en
cause.
Qu’on prenne la question par le bout des retraites, des services publics, de
l’école, de la sécurité sociale, du réchauffement climatique ou de l’énergie
nucléaire, le bilan est le même: de cette société-là on n’en veut pas ! L’enjeu
est à ce niveau et pas en deçà.
Dans un article intitulé «Retraites: la débâcle en chantant victoire» le
journaliste Pierre Marcelle (Libération, 12 novembre 2010) clame sa frustration
et sa rage de ne pas avoir gagné. Pertinent sur l’analyse, il se trompe sur le
bilan. Mais qu’importe le bilan, ce qui est précieux c’est cette rage.
Elle est maintenant un bien commun à des millions.
Voilà l’expérience qu’ont faite des millions de travailleurs et de jeunes
pendant l’automne 2010. Ils ont aussi fait l’expérience qu’ils n’étaient pas
encore équipés pour franchir l’obstacle. C’est à cette question qu’il faut
s’atteler.
En particulier pour ceux qui ont fait de l’anticapitalisme leur identité.
Un parti, un programme, une stratégie.
Mouvement social cherche parti. Un parti capable de définir et de commencer à
mettre en pratique une politique de rupture avec le capitalisme. C’est la
principale limite des mouvements sociaux et il faut reconnaître que depuis que
la question est ouvertement posée nous progressons lentement.
L’anticapitalisme aujourd’hui: remonter des conséquences aux causes
Il est aujourd’hui de bon ton d’être anticapitaliste. Cet anticapitalisme
s’appuie sur les conséquences les plus visibles du système. Mais cet
anticapitalisme des conséquences remonte rarement jusqu’aux racines du système.
S’il se propose souvent de le réguler, il se garde bien de remettre en cause sa
base: la propriété privée des moyens de production. Et ce qui en est la
conséquence inéluctable: l’exploitation des travailleurs et le pillage des
ressources naturelles.
Un programme de rupture dans tous les domaines
Un programme de rupture, c’est un programme qui commence à tracer des pistes
pour un fonctionnement alternatif de l’appareil de production, comme de toute
la société.
Ce n’est pas une plate-forme revendicative, mais les mesures les plus urgentes
à prendre, dans tous les domaines pour changer de cap. Il faut sans cesse
répéter qu’un tel programme ne peut réussir sans sa mise en œuvre directement
par les travailleurs et la jeunesse mobilisée.
Un tel programme ne peut être l’œuvre d’un seul parti, il naît des besoins
collectifs, il est confirmé dans les luttes, mais un parti ou une coalition
peut se l’approprier.
A condition que ce ou ces partis disent clairement qu’ils font le choix de la
rupture et que la voie de la régulation du capitalisme est désormais une
impasse.
Une stratégie qui pose la question du pouvoir
La question du pouvoir est posée par toutes les dimensions de la crise du
système. Elle se pose dans toutes les luttes qui contestent son fonctionnement,
face à toutes ces décisions inévitables prises par nos gouvernants. Décisions
inéluctables pour ceux qui veulent pérenniser le système.
Un parti utile dans cette situation, c’est un parti qui indique sans cesse la
direction du pouvoir, qui rappelle la nécessité pour les travailleurs et les
couches populaires de s’emparer directement du pouvoir et propose des étapes
pour atteindre cet objectif.
La question du débouché politique aujourd’hui
Nous devons commencer à apporter des réponses sans attendre une hypothétique
recomposition/reconstruction du mouvement ouvrier. Ce qui implique de partir de
ce qui existe pour créer les conditions de son dépassement.
On pourrait définir le point de départ ainsi:
«VIRER SARKOZY, SANS FAIRE CONFIANCE AU PS POUR CHANGER DE POLITIQUE»
Ce qui pose nécessairement la question de l’unité de la gauche radicale et
entre autre des partis qui se situent à gauche du PS. Ils n’y seront peut-être
pas tous à l’arrivée, mais au départ ils sont tous concernés.
Nous nous retrouvons peu ou prou dans la configuration qui a suivi la victoire
du non [54,7%] au référendum [sur le Traité constitutionnel européen] de mai
2005, mais avec quelques millions de grévistes et quelques années d’expériences
en plus. Transformer une partie de ces grévistes en militants d’un grand
mouvement politico-social voilà l’enjeu, pour donner cette fois un débouché
positif à la construction d’une force politique radicale à la gauche du PS qui
postule au pouvoir pour y appliquer un programme de rupture avec le
capitalisme.
Pour que cette perspective ne soit pas une fois de plus un théâtre d’ombres, il
faut que le débat commence par le bon bout: quel anticapitalisme voulons-nous
pratiquer ensemble ? Celui des bons sentiments et des beaux discours ou celui
de la rupture et donc de la confrontation ? De la réponse à ces questions
dépend la question des alliances et de l’attitude par rapport au PS et à sa
gestion. Pas l’inverse.
La catégorie politique «gauche» est devenue une coquille vide qu’il faut
maintenant confronter à la réalité de la crise et de la lutte des classes.
Le temps de l’Europe
Les échos de la mobilisation française sur les retraites n’étaient pas retombés
que l’on apprenait qu’en Allemagne 50’000 manifestants bloquaient pendant
plusieurs jours un convoi ferroviaire chargé de déchets nucléaires. Dans la
même semaine les étudiants anglais excédés par l’augmentation des frais
d’inscription décidée par le gouvernement conservateur saccageaient les locaux
du parti au pouvoir à Londres.
Dans tous les pays, sur tous les terrains la révolte gronde en Europe.
C’est une caractéristique majeure de la situation actuelle et il faut en
comprendre la nouveauté.
L’extrême gauche se doit de faire une mise à jour.
Les militants de ce courant ont longtemps répété avec raison, que les décisions
de Bruxelles engageaient aussi la responsabilité des gouvernements nationaux.
C’est toujours le cas. Mais trois choses ont changé:
La coordination des politiques à l’échelle du continent est devenue un enjeu
vital pour les bourgeoisies européennes et cette coordination ne va pas de soi,
c’est le moins qu’on puisse dire. La construction européenne est soumise à
d’exceptionnelles tensions par la crise économique. Une potion amère pour les
peuples pourrait sortir de ce chaudron de sorcière si nous ne le renversons pas
à temps.
Il existe maintenant un appareil d’état européen qui n’a aucune légitimité,
mais qui gouverne peu ou prou sous les ordres directs des multinationales.
Cette situation antidémocratique est sans précédente et scandaleuse en soi.
Elle ne laisse que peu de marges de manœuvres aux politiciens nationaux pour
gérer les conflits, autrement que par de méthodes de clique et de basse police.
Tout le monde sent bien que l’échelle du Vieux Continent est la plus pertinente
pour jeter les bases d’une nouvelle société respectueuse des droits
démocratiques, de la justice sociale et des contraintes écologiques.
Autant l’Union Européenne est le lieu de tous les dangers,
autant une Europe construite par et pour les travailleurs offrirait des
possibilités réelles pour sortir du capitalisme.
En conséquence tout projet de transformation sociale se doit de répondre à
quelques questions brûlantes concernant la constitution européenne, la monnaie,
le système financier, les services publics, les droits sociaux et la
législation environnementale à l’échelle du continent.
Un tel programme sera d’autant plus crédible qu’il s’appuiera sur la
coordination des luttes sociales et écologiques qui foisonnent actuellement.
Les travaux pratiques ne manquent pas.
Mais il faut dépasser les réflexes de boutique et surtout les frontières
idéologiques et les incompréhensions fruits d’une longue période d’histoires
politiques nationales qui se sont tourné le dos. (Ecrit le 12 novembre 2010)
*Jean-Louis Marchetti, militant syndical dans la FSU (enseignement), membre du
NPA des Bouches-du-Rhône et membre de sa commission écologie.
(18 novembre 2010)




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belstaff bag