Adresse aux salariés, chômeurs, précaires de Grande Bretagne

Nous sommes un groupe de cheminots, enseignants, informaticiens, salariés de différents secteurs, de chômeurs et de précaires. Pendant les récentes grèves en France, nous nous sommes réunis en Assemblée Générale Interprofessionnelle, d’abord à la Gare de l’Est (Paris), ensuite en regroupant des travailleurs d’autres villes de l’Île de France, parce que nous en avions assez des pratiques syndicales qui nous menaient à la défaite, et nous avons voulu prendre notre lutte en main nous-mêmes.

Nous vous adressons notre solidarité, à vous, ouvriers en Grande Bretagne, parce que nous savons que vous aussi, vous êtes durement attaqués par la crise et par des mesures gouvernementales brutales. Au même moment, de part et d'autre de la Manche, la bourgeoisie attaque férocement nos conditions de vie : le gouvernement Cameron a annoncé la suppression de cinq cent mille emplois dans la fonction publique, sept milliards de livres de coupes dans les budgets sociaux, etc…, celui de Sarkozy vient de passer une nouvelle loi qui s’attaque à nos retraites et s'apprête à réduire encore l'accès aux soins.

Partout dans le monde, les patrons sont d’accord sur une chose face à la crise : qu’il faut la faire payer à nous, les ouvriers. Alors nous, les ouvriers, nous devons être solidaires entre nous pour résister.

En Grande Bretagne et ailleurs, la presse a présenté nos grèves et manifestations comme si c’était le fait de quelques excités qui ne pensaient qu’à provoquer la police. Sachez que c’est un mensonge, que nous étions des centaines de milliers à faire grève et à manifester pour défendre nos conditions de vie. Sachez qu’aujourd’hui, les jeunes lycéens – nos enfants – qui se sont rejoints à nous sont durement réprimés par la justice et la police qui cherchent à leur faire peur.

En Grande Bretagne et ailleurs, la presse a présenté les ouvriers français comme des « privilégiés » parce que nous pouvons toujours (en théorie) partir à la retraite avant 65 ans. C’est vrai que nous n’avons pas encore subi les mêmes attaques dont vous avez souffert sous Thatcher et Blair. Mais si nous ne nous défendons pas tous, maintenant, contre toute les attaques que nous subissons, alors il n’y pas de limite à ce que les patrons voudront nous prendre. Déjà l’âge de la retraite en Grande Bretagne passe à 66 ans, et The Economist annonce que nous devons nous attendre à travailler jusqu’à 70 ans « parce que nous vivons plus longtemps ».

Quel ouvrier du bâtiment pourrait travailler jusqu’à 70 ans ? Quel informaticien, rivé à son écran à longueur de journée, pourrait supporter le stress jusqu’à 70 ans ? Et il en va de même pour nous tous.

Ouvriers en Grande Bretagne, profitez de notre expérience !

Nous avons voulu nous défendre, et nous étions des centaines de milliers à descendre dans la rue pour le faire, mais c’est la pratique de l’intersyndicale qui nous a mené à la défaite :

Ils n’ont rien fait pour briser les barrières de métier et de corporation : au contraire, ils ont tout fait pour que les assemblées générales de chaque boîte restent fermées aux autres ouvriers,

Ils ont fait des actions spectaculaires pour « bloquer l’économie » mais n’ont rien fait pour organiser des piquets de grève ou des piquets volants qui auraient pu attirer d’autres ouvriers dans la lutte,

Ils ont négocié notre défaite derrière notre dos, derrière les portes fermées des cabinets ministériels.

Nous savons que ce n’est pas fini, ni pour nous en France, ni pour vous en Grande Bretagne, ni pour les ouvriers en Grèce, en Espagne, au Portugal, en Irlande, ni pour les ouvriers en Allemagne et aux Etats-Unis et partout ailleurs dans le monde. Les attaques continueront, les conditions de vie seront de plus en plus difficiles pour nous tous, et la crise du capitalisme ne fera que s’empirer.

Personne ne nous défendra, nous devons le faire nous-mêmes !

Pour cela, nous devons retrouver confiance en nous-mêmes.

Nous devons pouvoir débattre librement entre nous sur les moyens de nos luttes et sur ce que l’avenir nous réserve. C’est une partie de cette espace de débat que nous voulons créer, à notre niveau.

Nous devons contrôler nos assemblées générales. Nous ne pouvons pas laisser la direction de nos luttes entre les mains des syndicats. Nos délégués doivent être élus par nos assemblées générales, responsables devant nos assemblées générales, révocables par nos assemblées générales.

Nous devons nous efforcer d’étendre nos luttes au-delà des entreprises, au-delà des corporations, et même au-delà des frontières nationales. Nous sommes tous dans la même galère, nos intérêts sont partout les mêmes.

Ouvriers en Grande Bretagne ! Nous sommes frères et soeurs de la même classe ! Vous comme nous, vous allez devoir vous battre pour défendre vos vies, et l’avenir de vos enfants ! Nous vous adressons notre solidarité chaleureuse !

Des participants de l'AG Gare de l’Est et Île de France


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